Secteur agricole : Après l'huile d'argan, extraite des arganiers rares qui poussent sur ses terres, le Maroc envisage de produire de l'huile de figue de barbarie, un produit coûteux réputé pour ses vertus anti-rides, dans le but de développer les régions arides du sud.
Si l'huile d'argan a conquis le monde, l'huile de figue de barbarie jouit d'une notoriété plus restreinte ; elle est toutefois de plus en plus utilisée en cosmétique pour ses propriétés supposées anti-âge et antioxydantes. Cependant, les quantités infimes d'huile pouvant être extraites de ces fruits du cactus en font l'huile la plus chère au monde : le prix du litre peut atteindre mille dollars. Avec le soutien des Nations unies, le Maroc encourage activement la production de figues de barbarie afin d'en faire un levier de développement agricole pour le pays, où 80 % des terres cultivables se situent dans des zones arides ou semi-arides. Cette plante, capable de s'adapter à des conditions climatiques extrêmes, peut servir de point de départ à de nombreuses activités génératrices d'emplois et de revenus pour les populations locales, tant au Maroc que dans d'autres pays. Dans l'industrie cosmétique, « il faut 8 tonnes de figues de barbarie pour produire un litre d'huile vendue mille dollars », explique Karim Anghie, directeur du programme « Cactus » au sein de l'Agence pour la promotion et le développement économique et social des provinces du sud du Royaume. Il souligne que « cette huile, commercialisée par des laboratoires marocains pour ses vertus anti-âge et anti-rides, est d'excellente qualité, mais son exploitation n'en est qu'à ses débuts ». M. Anghie insiste également sur l'importance de faire appel à une « expertise scientifique pour déterminer son efficacité par rapport aux autres huiles produites dans les pays méditerranéens ou en Amérique du Sud ». À Casablanca, les laboratoires « Azaban » l'intègrent dans la fabrication de crèmes et de shampooings. Dans la région de Rehamna (sud), Redouane Stouti possède une huilerie produisant en moyenne dix litres par mois, à partir des fruits récoltés dans sa vaste plantation de cactus. Ce jeune entrepreneur de 27 ans explique : « Pour obtenir cette huile, dont les nombreux bienfaits justifient le titre d'huile la plus chère au monde, les graines du fruit sont pressées à basse température à l'aide d'une machine spécifique ». Désignant les allées de cactus où une trentaine de femmes cueillent les figues de Barbarie hérissées d'épines, il précise disposer de vingt points de vente au Maroc pour cette huile baptisée « Cœur de Figue ». Selon le chercheur marocain Mohamed Boujnah, « cette huile est riche en vitamine E et possède un très fort pouvoir antioxydant ». De son côté, Sofia (50 ans), adepte de produits biologiques, déclare : « Cette huile est merveilleuse ». « Depuis que j'ai commencé à l'utiliser, j'ai remarqué une amélioration et une plus grande souplesse de ma peau. » Dans la zone aride de Guelmim et Sidi Ifni, le Maroc a lancé en 2007 un programme ambitieux et innovant baptisé « Cactopôle (Pôle de Guelmim) », visant à « valoriser le cactus ». L'initiative émane de l'Agence pour la promotion et le développement économique et social des provinces du Sud du Royaume. Le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) contribue à ce projet par un financement de 1,7 million de dollars ainsi que par une assistance technique, selon Abdelkebir El Madaghri Alaoui, responsable des programmes de développement et d'environnement au bureau du PNUD au Maroc. La province de Sidi Ifni a récemment accueilli la première édition de la saison « Aknari Aït Baâmrane », destinée à valoriser les fruits du cactus et à mettre en lumière ces derniers ainsi que leurs dérivés, selon l'Agence. La production annuelle de ces fruits au Maroc atteint 1,2 million de tonnes, cultivées sur une superficie de 150 000 hectares, dont la moitié se situe au sud de l'Anti-Atlas. Cette superficie a triplé en l'espace d'une décennie.